Yvan Hucher, peintre
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Qu'est ce qu'on aime chez un peintre ? Pourquoi regarde-t-on ses toiles, qu'à l'occasion même on lui paye ? Et d'ailleurs qu'est ce qu'on paye alors ? Ce qu'il nous donne à voir ; ce que sans lui, on ne voit pas, parce que l'on ne sait pas le voir, parce que l'on n'ose pas le voir ? Pourquoi s'aveugle-t-on du déjà vu, du déjà su, en se repaissant de la lâcheté de la reconnaissance rassurante de la forme bien connue dont on peut dire : « ça je sais ce que c'est » ? Parce que l'on a peur. Peur de son désir, peur que le tableau nous regarde où nous sommes ouverts, découverts, désirant.
Quand on est devant le travail d'Yvan Hucher, on ne sait pas trop ce que c'est qui est là, représenté. Car voilà, ce qui crée l'émotion esthétique, c'est la présence sur la toile de ce reste, ce reste qui est au-delà de la représentation, cette trace de l'irreprésentable. Mais pour tracer cette trace, il faut en mettre un coup ! Il faut y aller voir, il faut supporter que vous saute à la gueule ce que le psychanalyste, Jacques Lacan appelait le réel, l'impossible à supporter. Et une fois qu'on y est, en face de ce réel quand on est artiste, il faut en rapporter un souvenir pour ces congénères qui vous attendent sur la rive. Ce travail est semblable à celui des explorateurs du globe qui partaient sur les océans dans leurs caravelles en bravant la fureur de la nature et qui revenaient -et parfois ne revenaient pas- avec la cale de leur navire pleine de trésors nouveaux, étranges et exotiques. Un explorateur, voilà la tradition dans laquelle s'inscrit Yvan Hucher. Chaque toile est une trace de ses voyages au pays mythologique, merveilleux et terrible, terre natale des ... (Angoisse et désir, Horreur et beauté).
Ces traces sont aussi des nouages essayant de serrer dans leurs entrelacs quelque chose du trou. Du trou de l'origine, du surgissement du monde. C'est une écriture, une écriture écrite de façon à ce que « ça parle ». C'est l'écrit comme marque, comme trait comme origine dont on fait surgir le sens. Une essence de l'écrit, d'où surgit la promesse de sens qui toujours aussitôt se dérobe, parce que ce n'est pas ça. « ça n'est pas ça » encore une formule de Jacques Lacan. « Je te demande de refuser ce que je te donne parce que ce n'est pas ça ». Yvan Hucher nous donne un ça qui est le « ce n'est pas ça » objet précieux réveillant et tonique d'où il est possible de désirer enfin.
P. Lambouley, psychanalyste Mai 2005