Atelier Arts Plastiques   Expo Art Contemporain

  

Thierry Martin, funambule de l'art

par Brigitte Camus

Les personnages de Thierry Martin semblent parfois paumés dans une ville ou un paysage qu'ils habitent tel des petits princes. La bouche grande ouverte, les yeux écarquillés, ils sont tout entier tournés vers la vie; ils sont un cri, celui de Munch; ils sont une bouche, celle de Bacon; un désespoir, celui de Van Gogh; et finalement; ils sont au bout du chemin, l'espoir; celui de l'ange gardien de l'artiste qui aide celui-ci à cheminer vers lui-même.

Ses icônes des temps modernes chevauchent des lacs, des montagnes. Elles se perdent parfois dans les nuages, entre les arcades surgies d'un Palais de la Renaissance, dans les précipices d'histoires douloureuses. Et dans les arcanes de notre inconscient, les êtres de Thierry Martin nous renvoient à cette partie de nous-même, parfois enfouie, fragile, qui crie misère et protection, dans une société ployant sous le joug de la rentabilité, prompte à évacuer l'inutile poésie de l'art tremblant qui se glisse entre deux OPA barbares. Refusant d'être sacrifié sur l'autel de la technologie avancée, Thierry Martin, humble artisan de l'art mais intransigeant quant à sa vérité, érige d'étranges objets non identifiés artistiquement parlant : ses œuvres ne ressemblent qu'à elles-mêmes c'est-à-dire à lui-même.

Thierry Martin, tel Martin, le nom n'est pas innocent, est prêt à partager son manteau, celui de ses rêves, au premier passant qui saura les recevoir. Ces morceaux de rêve, il les découpe, il les incruste dans des compositions à base de canettes en aluminium déformées, défigurées, malaxées, cloutées. Dans un monde encombré de rebuts, Thierry Martin parsème notre ciel d'étoiles. En utilisant des matériaux ordinaires présent  dans notre environnement  quotidien, clous, vis, morceaux de métal, boîtes qu'il récupère puis détourne, il nous rappelle que tout comme les voies du Seigneur, celle de la beauté sont impénétrables et imprévisibles. Il faut être vigilent et ouvrir grands les yeux pour saisir l'infiniment dérisoire, une poussière de souvenir- un château, un cheval- si possible ailé- pour enfourner nos chimères à grands pas et à tire d'aile.

Combien d'histoires racontent les tableaux de Thierry Martin ? Sûrement autant que celles couchées dans les contes des Milles et une nuits. Il nous apparaît, à travers ses fragments d'histoire, comme un somnambule entre deux mondes, en équilibre sur un fil, glissant dans des myriades d'histoire, la sienne, liée à celle de ceux qu'il chérit. D'ailleurs chaque création est indissociable, chez lui, d'un évènement personnel, à une rencontre avec un matériau ou un être, à un signe. Car Thierry Martin ne croit pas au hasard et tout ce qui croise son chemin lui est utile.

Cela commence par sa propre histoire. Enfant, il voulait être photographe, et puis le destin a contrarié cette vocation. Mais il s'est tout de même mis à la photographie, avec talent en expérimentant le gouffre entre la réalité de la personne et sa représentation. Sans aller franchement, de tout son être, jusqu'au bout de son dilemme. Comme si d'autres voix invisibles lui murmuraient que sa vraie voie était ailleurs. La recherche de son identité passe par des apprentissages, parfois douloureux. Capter les images d'une réalité qui vous dérange n'est pas toujours satisfaisant. Alors Thierry Martin se met à fréquenter les plus grands artistes par l'intermédiaire de son activité d'encadreur. Et bien sûr, il passe de l'autre côté du miroir et comme Alice de Lewis Carrol, il tisse des fils, invente des « cadres » pour que les deux univers, le sien et celui des artistes qu'il aime et « l'autre » monde, souvent moins réjouissant, puissent cohabiter. Il achète, il collectionne, et bien sûr, il crée. Il commence par peindre. Mais à force de voir défiler les plus grands peintres dans son intimité, il n'est pas sûr de pouvoir faire un tableau qui ne ressemble pas à du déjà vu. C'est d'ailleurs cette sensation dès qu'il touchait à un pinceau de ne pouvoir être différent, qui le pousse à essayer autre chose. Il n'a pas abandonné totalement la peinture : d'abord, il peint de petites icônes sur bois, dotées étrangement, des mêmes yeux « écarquillés » que ceux de ses sujets. Un regard qui interroge. Par quel miracle Thierry Martin réussit t-il avec deux vis et deux clous à « percer » l'insondable, nous emmener dans les tréfonds de l'être ? C'est son mystère. Dans son atelier encombré de sacs remplis de canettes, à côté de petites boîtes bourrées de bric-à-brac, il dessine sur un carré de bois sa composition. Ensuite, il habille sa surface de petits morceaux, parfois minuscules, qu'il assemble avec de minuscules clous pour composer ses paysages où se baladent ses personnages. En fait, Thierry Martin est un des premiers artistes qui détourne...la récupération.

Exposition d'Art Contemporain - Ateliers Arts Plastiques - Atelier Théatre
Fontenay aux Arts, 48 bis rue Dalayrac 94120 Fontenay sous bois Tél. : 06 60 96 13 92

 

 



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