La copie au cours des siècles
Du Moyen Age, nous connaissons les copistes qui travaillaient au sein des scriptoriae. Peintres ou enlumineurs, ils étaient soumis à leur chef d'atelier qui imposait le modèle à reproduire. Leur fonction était celle de la copie d'originaux ou de copie afin de diffuser les ouvrages, et ce, plusieurs siècles avant l'imprimerie.
A la Renaissance, les peintres, sous l'influence de la poétique d'Aristote, recherchent « l'Imitation de la Nature » et se détournent de la reproduction de modèles.
C'est ainsi que la copie acquit son rôle actuel : celui de l'enseignement et de la diffusion d'œuvres célèbres appréciées par le public.
Elle devînt, à partir du XIe, un des piliers du système de l'atelier. Les apprentis avaient pour but ultime de pouvoir se substituer au peintre après avoir acquis une parfaite maîtrise de la manière du maître. Ainsi, ils se voyaient confier une partie ou la totalité d'un tableau sur lequel le maître, reconnaissant sa facture, apposait sa signature. La vocation de l'atelier étant celle de la reproduction, c'est tout naturellement en son sein que se réalisaient des séries de tableaux de chevalet afin de répondre à la demande croissante d'une clientèle privée.
Un des exemples les plus connus à cette époque est celui d'une série de Madones toutes exécutées d'après le même modèle dans l'atelier de Pérugin.
La naissance d'un genre
Parallèlement à l'apparition de l'individualité du peintre à la fin du XV°, les copies-en tant que substitut de l'original- se multiplient sous l'effet de la demande des amateurs. Au XVe, et XVIIe, les originaux sont considérés comme des thèmes sur lesquels tout artiste peut faire des variations. Federico Barocci s'est formé en copiant Michel-Ange, Raphaël et Le Corrège.
La reconnaissance d'un style
A partir du XVIIe, la copie devient un genre pratiqué par les plus grands maîtres qui la considéraient comme un hommage rendu à d'autres maîtres ou comme un aide-mémoire. Pour ne citer que quelques exemples c'est ainsi que naissent d'admirables copies de Watteau d'après Rubens, de Manet d'après Delacroix...
C'est cet esprit qui imprègne toute copie digne d'intérêt. Voyons ce qu'en pense Denis, l'un des peintres de la Galerie :
« Faire de la copie est une activité très enrichissante pour un peintre parce que c'est un moyen d'apprentissage permanent. Renoir a dit : « C'est au Musée qu'on apprend à peindre ». Lorsque l'on copie, on a la possibilité de comprendre « de l'intérieur » le travail et le style d'un maître. Le copiste n'est pas une machine à reproduire, il met dans l'œuvre sa propre sensibilité. Personnellement, je considère que j'ai vraiment réussi une copie lorsque je suis parvenu à retrouver la fraîcheur du tableau d'origine. Cela compte plus que le fait de l'avoir reproduit de manière parfaitement conforme ».
Le talent de l'artisan d'art
Apparue vers 1400 en Europe, l'estampe rappelle le rôle de duplication qu'assuraient les copistes médiévaux. Les divers procédés de gravure ont longtemps eu pour fonction la diffusion des œuvres. Au XVIe apparaît la gravure d'après peinture. Venant d'Italie, c'est aux Pays-Bas que la gravure de traduction s'est imposée. Des éditeurs publient l'œuvre gravé de Bruegel. Certains connaissent une renommée digne de leur maîtrise.
Tel le maître graveur Cock, expert en reproduction de tableaux, et qui fût le premier à créer des équivalents aux valeurs colorées. Au cours d'un séjour à Venise, il grava d'après Véronèse et le Tintoret. Sa technique fut transmise aux graveurs parisiens. Ils devinrent les interprètes et propagateurs de l'art officiel de la fin du XVIIe au XVIIIe.
Encore plus proche du rôle de la copie, Jean-Charles François mît au point un procédé de fac-similés de dessins grâce à sa méthode de gravure « en manière de crayon ». Il fût repris par H. Bonnet et Gilles Demarteau qui publièrent de remarquable copies en couleur des pastels et crayons de Boucher. La plupart du temps, la gravure était confiée pour l'essentiel de l'exécution à un technicien. Celui-ci, maîtrisait parfaitement son métier, obtenait des reproductions de très grandes qualités.
Il apparaît de grands noms dans ce domaine qui transmettent leur savoir-faire à leurs apprentis. Les amateurs appréciaient la qualité d'ateliers dignes de ceux des maîtres de la Renaissance. C'est une des similitudes avec la démarche des peintres de la Galerie.
L'apport du copiste
Nous pouvons faire ici un parallèle avec l'interprétation musicale. En effet, de tout le répertoire classique, nous ne connaissons que des copies, puisque l'original sonore est à jamais évanoui... ! Comme dans la musique pour laquelle il existe autant de variations que d'interprètes d'un concert à l'autre, nous retrouvons ces personnalités qui enrichissent le souffle de l'œuvre originale. De la même manière que la qualité sonore d'un concert est bien meilleure que celle d'un disque, existe-t-il une meilleure technique pour reproduire une huile sur toile que d'utiliser...de la peinture à l'huile sur toile ? Evidement, non ! Et ce quelque soit l'évolution des procédés de reproduction actuelles ou à venir. Aujourd'hui, les enregistrements audio ne permettent que d'approcher la texture des véritables instruments. De la même manière, les techniques mixtes de photo, ou d'impression, collée sur toile, et rehaussées de peinture ne font que pâle figure à côté d'une authentique huile sur toile. En plus de cette fidélité à l'esprit du maître, la Galerie a une autre ambition : vous offrir le supplément d'âme et de sentiment qui font la véritable beauté d'une œuvre d'art.